"Crise et châtiment", le premier roman corrosif de Bertrand Fitoussi

Bertrand Fitoussi, participants au sein des ateliers d'écriture Elisabeth Bing, publie son premier roman "Crise et châtiment" aux éditions Scrinéo. Pour l'occasion, Il a accepté de répondre à nos questions. Le roman sera disponible en librairie et sur le web à partir du 22 septembre. 

 

 

De quoi parle ton roman ?

J'ai été un acteur majeur au cœur de la crise financière. Au milieu du tumulte, dans ma salle de marché, je me suis dit : seul le roman peut décrire correctement les situations existentielles des gens ordinaires (les traders sont des gens ordinaires) confrontés à cette crise. Car ce sont ces situations existentielles qui sont intéressantes, pas les mécanismes financiers ou économiques de cette crise-là, ou d'une autre, que des dizaines d'essais ou de livres scientifiques analysent.

Les situations de crise sont les situations où les vraies personnalités se révèlent. Tout est testé en période de crise : le caractère, l’amitié, l’amour. La solidité. La vérité des êtres et de leurs relations apparaît. C’est comme si tous les actes des périodes calmes n’avaient jamais eu lieu, ou n’avaient aucune valeur, ou plutôt comme s’ils étaient juste une préparation à la crise.

J'ai donc placé un homme en pleine crise mondiale et en pleine crise personnelle, simultanément. Comment perdre -ou garder- le contrôle de sa vie.

 

Que t'ont apporté les ateliers ?

Un atelier Roman conduit par Marianne Jaeglé  en juin 2013 a été fondateur. Je suis arrivé avec l'histoire et les personnages en tête, mais sans savoir si j'étais capable d'écrire le roman que j'imaginais.  A la fin de la semaine, je suis reparti avec du matériel utilisable (et d'ailleurs trois scènes importantes, écrites en atelier, sont dans le roman), et surtout avec une confiance totale : je savais que j'avais un sujet et la capacité à aller au bout.

 

Quels sont les partis pris de style, de narration ?

Mon sujet est lourd, mon ton devait être plus léger et ironique. J'ai tenté d'introduire une drôlerie croissante au fur et à mesure que la crise, emportant tout sur son passage, modifie la vision du monde du personnage principal. Il se décoince progressivement, le ton du roman aussi.

C'est un roman écrit au "je", avec deux voix masculines. Je suis entré dans la tête de mes deux personnages. Je préfère prévenir mes lectrices : ce que j'ai découvert n'est pas bien joli. Dans la tête des hommes, c'est assez noir, assez terrifiant. De vrais obsédés sexuels. Même pendant les crises, pendant les grands bouleversements historiques, ils ne pensent qu'à ça. Dégoûtant.

 

Pourquoi ce titre "Crise et châtiment" ?

Mon éditeur (qui est un héros) s'est interrogé sur ma santé mentale en écoutant certains titres loufoques que j'avais en tête. Finalement le titre actuel s'est imposé car il contient deux des thèmes majeurs du roman. Dostoïevski c'est l'horreur du crime qui cherche le châtiment, Kafka c'est le châtiment (ou du moins l'accusation) qui cherche le crime, mais le piège de la vie économique moderne, c'est qu'il n'y a ni crime, ni châtiment, et c'est peut-être pire.

 

Synopsis 

Hiver 2009. Mathieu Blanc, un banquier londonien, tombe du tabouret d’un pub, victime d’une attaque. Il a été châtié. Mais de quoi était-il donc coupable ?

Années 2000 : En apparence, Mathieu mène une existence rangée de premier de la classe, sa vie familiale et sociale est heureuse, sa carrière bien lancée. En réalité, il fréquente un enfer qui n’est même pas pavé de bonnes intentions, l’enfer de la course à l’argent et au sexe.

Lorsqu’il croise en même temps deux obstacles, une crise mondiale et une femme scandaleuse, les portes de l’enfer se referment derrière lui. Malgré les conseils de son ami Ruben, extravagant trader new yorkais à la vie érotique agitée et aux nombreuses théories, la chute paraît inévitable.

 

 

Les Ateliers Elisabeth Bing